Larguez vos amarres, confiez vos voiles aux sept couleurs du vent et laissez-vous dériver lentement vers des lieux indicibles, des lieux mythiques où le ciel et l’eau célèbrent leurs épousailles. Aux confins des horizons, vous apercevez des iles frangées d’écumes et d’algues, environnées d’embruns, de soleils éclatés et de tourbillons vertigineux. C’est là, dans cet archipel inconnu (longitude : mi-rêve ; latitude : mi-veille) que vous conduira la peinture de Michel Mathy. Pas besoin d’astrolabe pour guider votre route. L’artiste connaît les passes maritimes. Il tutoie les sémaphores, nargue les écueils et s’attache au grand mât pour écouter le chant des sirènes.

     La peinture de Michel Mathy est une odyssée et chaque toile une cascade dans un univers onirique sans références concrètes. A peine croit-on deviner l’ébauche d’une roche qu’aussitôt Elle s’évanouit dans le bleu intense de la mer ou se fond dans le rouge incandescent d’une éruption volcanique. Ici, tout est couleurs, tout est connivence avec la lumière, le feu et l’eau. Michel Mathy n’est cependant pas un artiste impétueux et grandiloquent qui se laisse aller aux affèteries et aux effets de pinceaux. Son inspiration est certes instinctive, puissante, chaleureuse, éminemment lyrique. Mais au retour de ses explorations en terra incognita, il sait contenir sa palette, imposer à ses toiles une rigueur de construction qui tempère l’audace des à plats de couleurs vives traversés de lignes et d’éclats lumineux.

     Que la peinture est belle quand elle voyage en liberté et retrouve une ferveur originelle et un vrai bonheur de création. Quand elle joue ses gammes sur les cordes graves du sentir. Quand elle célèbre des aubes prometteuses ou des crépuscules brumeux.

     Abstraite cette peinture, Que nenni ! Elle s’offre magnifique. Elle écrit l’émotion fabuleuse de l’instant fugace qu’on voudrait ralentir.  Elle est comme une plage bienheureuse et sereine qu’on raconte aux étoiles. C’est bien là le privilège du rêveur.

                                                                                                                                       Michel ARNOLD.

 

 

extrait de :    CONFLUENT
                    LE MENSUEL DU CENTRE DE LA WALLONIE
                    N° 373  / Décembre 2008

 

 

 

 

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